MJ data bank, MJJ News et Sith Clan présentent :

 

Rick Rothschild : Captain EO - Yesterday, Today & Forever...

 

 

 

Impensable de voir revenir un Capitaine sans que son vaisseau ne soit inspecté et examiné par son équipe de maintenance attitrée. Rick Rothschild connait bien l'univers de Captain EO. Il faisait partie de l'équipe en charge du projet en 1985. En 1978, il rejoint le département Disney Imagineering (la cellule de savants fous derrière la magie des attractions des parcs à thèmes). Après son départ à la retraite l'an passé, Rick cède aux appels de ses anciens patrons et collègues qui lui proposent de revenir en tant que consultant. Sa mission – et il a accepté de la remplir – est de préparer le décollage de Captain EO version 2010, de la Californie au Japon sans oublier Disneyland Paris. De passage sur le parc français pour superviser l'installation de l'attraction à Ciné Magique, Rick s'est posé pour remonter le temps jusqu'aux années 1985-86, à l'époque où Captain EO s'apprêtait à atterrir pour la première fois devant les visiteurs de Disneyworld et de Disneyland. Rencontre en 3D avec un Imagénieur vraiment original.

 

 

Richard Lecocq : Comment est né le projet Captain EO ?

 

Rick Rothschild : L'idée de Captain EO est née à l'époque où Disney a vu arriver ses nouveaux dirigeants, Franck Wells & Michael Eisner. Eisner avait gardé des contacts avec Paramount où il avait travaillé pendant 8 ans. Il connaissait George Lucas et ce dernier était déjà familier de l'univers et de la politique de Disney avant la mise en route de EO. Mais je dois dire que l'arrivée de Michael Eisner a rendu cette connexion encore plus évidente. Sans oublier la connexion naturelle entre Michael Jackson et Disney : j'ai toujours su que Michael était un grand fan de Walt Disney et de ses parcs à thèmes. Cela ressemblait à l'assemblage naturel et évident d'une Dream Team.

 

 

RL : Comment le personnage et le thème du film ont été créés ?

 

RR : Un jour, Michael Eisner s'est rendu dans les locaux des ingénieurs créatifs, appelés Imagénieurs chez Disney. Il nous a formulé la demande suivante : "Dites-moi ce que vous feriez si vous deviez combiner les talents de George Lucas et de Michael Jackson en les associant d'une façon ou d'une autre à la technologie 3D". Voila le défi qu'il nous a lancé au départ. Puis avant de partir, il a ajouté : "Je repasse vous voir dans une semaine" (Rires). Nous avions 7 jours pour trouver quelque chose. Nous avons travaillé sur plusieurs idées pour en retenir 3 au final. La première abordait l'intérêt de Michael pour les parcs à thèmes. L'idée était de le montrer seul dans le parc après les heures d'ouverture. Il se serait promené avant d'être absorbé par une des attractions, celle des Pirates des Caraïbes par exemple. La seconde possibilité a beaucoup de points communs avec la troisième. Ces deux concepts avaient presque le même scénario. Ils reposaient sur cette idée que les pouvoirs de la musique de Michael pouvaient changer les choses. Le second projet se déroulait dans un décor proche de celui d'un conte de fées, et correspondait plus à l'ambiance de Fantasyland qu'à celle de Tomorrowland, où l'attraction allait être installée. Michael devait se rendre sur une planète gelée, plongée dans le froid, pour combattre une Reine de Glace. Il aurait joué le rôle d'un personnage mythique accompagné d'un groupe de personnages assez proches de Peter Pan… Un peu comme des elfes. Dans le dernier scénario, Michael prend les traits d'un homme des l'espace armé de sa musique. L'action se déroule dans le futur. Tout l'univers de science-fiction que nous pouvions créer et développer autour de cette idée était idéal pour George Lucas et Michael Jackson. C'était intéressant de voir Michael évoluer dans une telle ambiance. On a couché ces trois pistes sur papier avec des dessins de travail et quelques planches de storyboard. Toutes les personnes à qui nous avons présenté ces trois idées en interne, que ce soit Michael Eisner ou les autres, penchaient pour l'histoire de cet homme de l'espace. Nous avons ensuite rencontré George Lucas et lui avons soumis nos idées. Il a lui aussi voté pour la troisième. La semaine suivante, nous avons rencontré Michael Jackson. Je lui ai présenté nos travaux, et il était également emballé par cette dernière histoire et pensait qu'elle avait plus de sens. Tout le monde suivait la même route.

 

 

 

RL : Comment Francis Ford Coppola a rejoint cette équipe de choc ?

 

RR : Michael Eisner voulait réunir le meilleur de Hollywood sur ce projet. En plus de George Lucas et de Michael Jackson, Francis Ford Coppola fut l'un des premiers à être engagé sur ce film. Il était bien entendu déjà très célèbre en tant que metteur en scène à cette époque. Mais au début de sa carrière il avait également réalisé La vallée du Bonheur, une comédie musicale avec Fred Astaire et Petula Clark (C'est à l'occasion de ce tournage que Lucas et Coppola font connaissance, NDLR). Comme il venait d'une famille de musiciens, il avait cette sensibilité qui nous semblait indispensable au projet. Non seulement il était un grand réalisateur, mais il collait parfaitement au job et il était enchanté d'y participer.

 

 

RL : Et quelle a été l'implication de George Lucas dans Captain EO ?

 

RR : George était le producteur exécutif et il ne voulait pas réaliser le film. Il a suggéré le nom de Francis Ford Coppola. Et d'ailleurs je me rappelle avoir discuté avec lui vers la fin des ces longs 18 mois de préparation. C'était trois jours avant l'ouverture de l'attraction. Je lui ai demandé ce qu'il avait pensé du tournage. Il m'a répondu : "Personne ne pouvait imaginer qu'un film de 20 minutes demanderait autant d'efforts qu'un film de deux heures. Travailler sur Captain EO a demandé la même charge de travail que celle fournie pour un film classique". Et il avait raison.

 

 

 

RL : Le but était de réunir les meilleurs talents dans leurs domaines respectifs…

 

RR : Si vous regardez les effets spéciaux dans le film, ils sont aussi nombreux que ceux inclus dans le premier Star Wars. Sans oublier toute la complexité de filmer en 3D. George Lucas a réuni un tas de personnes d'horizons différents comme Rusty Lemorande qui était alors un jeune auteur et producteur. Il a participé activement à l'écriture du script. L'autre jour j'ai fouillé dans mes archives pour préparer le retour de l'attraction. J'ai retrouvé des planches de storyboard et je me suis souvenu du jour où George était venu me parler d'un jeune artiste qui travaillait dessus. Il était impressionné par son travail. Ce jeune homme avait été engagé par George sur un autre projet, mais il lui a demandé de rejoindre l'équipe de EO pour nous permettre de tenir les délais. Ce dessinateur n'est autre que Brad Bird, qui depuis a rejoint Pixar et a réalisé Les Indestructibles et Ratatouille (Rires). A l'époque c'était un jeune dessinateur qui débutait dans le métier. Les décors et les costumes du designer anglais John Napier furent très importants. A l'époque, John avait travaillé sur Cats et venait juste de créer les costumes de Starlight Express. Et je pense que Michael Jackson avait beaucoup aimé ses textures et ses costumes. John est sculpteur de formation, et cela se ressent dans son travail. Il n'avait jamais mis les pieds dans les locaux de Disney Imagineering auparavant. Il est venu et nous nous sommes présentés. Nous avons vite compris que lui et nous avions des points communs, car en plus de créer des costumes, il concevait également des décors. Au départ, il n'avait pas été embauché pour travailler sur ces derniers, mais, comme nous, il était très sensible à la dimension théâtrale du projet. En travaillant avec lui, nous avons développé des idées qui ont permis au film de devenir une expérience inédite capable d'emmener les spectateurs là où ils n'étaient encore jamais allés. John nous a fait comprendre qu'il fallait travailler sur des éléments qui dépasseraient le simple cadre du film. Nous avons présenté le fruit de ce travail à Michael Eisner et Jeffrey Katzenberg. Ils nous ont donné leur feu vert et nous avons pu continuer dans cette direction pendant les 14 mois suivants.

  

 

 

RL : La séquence où les membres de l'équipage se transforment en instruments de musique a été réalisée par Will Vinton et sa célèbre technique Claymation…

 

RR : Captain EO a joué un grand rôle dans la renaissance de la 3D. Si l'on regarde où nous en sommes aujourd'hui et là où nous en étions avant Captain EO, on se rend compte que c'était la première fois qu'une histoire et un axe narratif étaient utilisés dans un film 3D. Disney avait produit des projets 3D pour Epcot quelques années plus tôt, mais c'était beaucoup plus conceptuel. Les effets spéciaux créés par ordinateur tels que nous les connaissons aujourd'hui n'existaient pas à l'époque. Nous n'avons pas réellement inventé de nouvelles techniques pour les réaliser. Compte tenu des délais assez courts, nous avons pioché dans celles qui existaient déjà et les avons adaptées. La séquence où les membres de l'équipage se transforment en instruments de musique a effectivement été filmée en Claymation. Elle a été plus simple à tourner que d'autres scènes. Toutes les étincelles ainsi que les explosions et les lasers présents dans le film ont été dessinés à la main. Il n'y a aucun ordinateur derrière tout ça. De plus, il fallait que ces effets fonctionnent en 3D. Pour rendre ces scènes crédibles, pas moins de 200 personnes ont travaillé pendant près de 6 mois.

 

 

RL : James Horner a composé la musique de Captain EO. Etait-il la premier sur la liste ?

 

RR : James Horner est arrivé naturellement dans l'équipe. James et Michael ont très vite compris que le film allait associer la musique à la 3D, et que la bande son devait servir les effets spéciaux et visuels qui ponctuent l'histoire.

 

 

 

RL : Parlons un peu du nom EO, qui vient du grec et veut dire l'aube…

 

RR : EO vient de EOS, la déesse de l'Aube. George et Rusty ont eu l'idée de développer cette image de personnage mythique qui apporte la lumière dans un monde plongé dans l'obscurité. Ils ont cherché l'équivalent du mot aube en grec. C'est ainsi que ce personnage masculin, EO, est né.

 

 

RL : Michael Jackson a composé deux chansons pour Captain EO : We Are Here To Change The World et Another Part Of Me. Quelle chanson est arrivée en premier ?

 

RR : Michael avait écrit We Are Here To Change The World spécialement pour le film. C'est le slogan de Captain EO. Il avait également travaillé sur plusieurs autres chansons qui ont pour la plupart atterri sur l'album BAD. Il venait d'enregistrer une première version d'Another Part Of Me et il pensait que ce titre collait au film tout en assurant la transition avec les chansons qu'il allait sortir par la suite.

 

 

 

RL : Quand on regarde le film de façon attentive, on peut remarquer certaines "différences" d'un plan à l'autre. A un moment, la veste de Michael est ouverte avant d'être miraculeusement fermée le plan d'après. Pouvez-vous nous parler un peu de ces aléas du montage ?

 

RR : Ah oui, d'ailleurs, Fuzzball est mon préféré : un coup il est là, puis il disparaît… Le montage est toujours une étape intéressante. Plus on regarde un film, plus on remarque ces moments assez cocasses.  Nous avions plusieurs contraintes : le tournage en 3D, un planning assez serré, sans oublier la nécessité de placer Fuzball dans certaines scènes tout en gardant l'action au premier plan. En fait le montage fonctionne plutôt bien, car ce n'est qu'au second ou troisième visionnage que l'on commence à se dire : "attends une minute, je viens de voir quelque chose là…." (Rires). Ces "détails" sont présents dans beaucoup de films. Une bonne réalisation et un bon montage doivent être capables de focaliser l'attention du spectateur sur l'action principale.

 

 

RL : Captain EO multiplie les clins d'œil aussi bien à Star Wars, qu'à Alien. A quel point ces oeuvres, mais aussi d'autres, ont influencé votre équipe dans la création des personnages et des décors ?

 

RR : La plupart des membres de l'équipage ont été créés pendant la première semaine de travail, notamment Hooter. Nous avions également déjà pensé aux personnages qui devaient se transformer en instruments de musique. Les Imagénieurs les ont conçus, et Rick Baker (également responsables du loup garou et des zombies de Thriller, NDLR) les a portés à maturité pendant la réalisation du film. Les artistes sont souvent influencés par leurs pairs. Les réalisateurs s'influencent entre eux. Il est vrai qu'Alien fut une des références qui a servi à imaginer le monde dans lequel évolue les personnages. Il s'agissait de créer un univers sombre et oppressant. L'un des premiers dessins en noir et blanc rendait bien compte d'un monde où la consommation avait pris le dessus et était devenu folle. Il y a d'autres moments dans l'histoire où les gens regardent le monde qui les entoure. C'est le cas avec les années 30 où la technologie avançait au point de défigurer le monde.   

 

 

 

RL : Pouvez-vous nous raconter une histoire qui vous a marqué pendant le tournage ?

 

RR : Je me souviens de deux choses. Le jour où j'ai présenté l'histoire à Michael Jackson, j'essayais de lui résumer le concept de cette homme venu de l'espace avec sa musique. J'ai littéralement terminé ma présentation en lui disant : "Ton personnage apporte la couleur à un monde qui en est dépourvu". Et je me suis rendu compte du double sens du mot couleur en anglais. Les noirs ont longtemps été appelés "personnes de couleur" aux Etats-Unis. Mais je n'avais absolument pas pensé à cela. Je parlais vraiment de cet arc-en-ciel de couleurs inondant un monde sans couleurs. Je me suis rendu compte de ce double sens au moment où j'ai commencé à expliquer mon idée. Et je me souviens que Michael s'est mis à me regarder avec cet air qui montrait qu'il avait bien saisi ce double sens. Je me rappelle également que, pendant toute cette période, une grande cohésion régnait au sein de l'équipe. J'ai été heureux de voir à quel point tous les participants ont su rester soudés. Chacun apportait ses idées. La division des Imagénieurs de Disney et l'équipe de tournage ont travaillé main dans la main. Et cela se vérifie dans le résultat final.

 

 

 

RL : Que pouvons-nous attendre pour le retour de Captain EO à Disneyland Paris ?

 

RR : Mon but est de raviver l'esprit de Captain EO, avec les sensations ressenties par le public à l'époque. Nous avons pu utiliser la structure mise en place pour l'attraction précédente, Chérie j'ai rétréci le public. Nous avons la chance de pouvoir utiliser le "motion floor" (plancher animé qui réagit aux effets spéciaux du film, NDLR), ce qui permet aux spectateurs de se projeter encore plus dans l'histoire et d'être touchés physiquement par la puissance de la musique. Nous n'avions pas pu réaliser cela à l'époque et je pense que ces nouveautés nous donnent l'occasion de recréer la magie originale du film à Disneyland Paris et dans les autres parcs à thèmes.

 

 

BONUS (VIDEO) : Captain EO - Disney Club Featurette (1992)

 

Cliquer sur Play ( |> )

 

INTERVIEW EGALEMENT DISPONIBLE SUR :

 

 

 

 

 

 

Interview : Richard Lecocq

Photos : (C) Walt Disney Company

Remerciements : Disneyland Paris & Rick Rothschild.

Tous droits réservés.

21 mai 2010

 

 

 ACCUEIL | INTERVIEWS | REPORTAGES | IN THE B.A.C.S. | DOSSIERS | COLLECTORS

 

Copyright (c) 2001-2009, MJ data bank. Tous droits réservés.

Page d'accueil | Crédits | Contact